Essai Suzuki GSX-R 600
La survitaminée
Avec
la Suzuki GSX-R 600, on entre dans le clan fermé des supersports.
Depuis la 600 jusqu'à la 1100 en passant par la 750 et la 1000,
les GSX-R sont synonymes de multiples victoires, notamment en endurance,
et ce depuis seize ans. Les plus vieux modèles ont donné
naissance aux différents modèles de Bandit et le quatre-cylindres
n'a plus à prouver leur fiabilité.
Présentée en 1998, la GSX-R 600 a perdu sa rampe de carburateurs pour l'injection en 2000. Elle a gagné de précieux kilos au fur et à mesure des années pour un poids plume record de seulement 163 kilos à sec, pour 120 chevaux en version libre.
Maintenant avec une radicalisation de plus en plus forte de ces modèles dans la production japonaise, ces motos sont elles encore conduisibles sur route ? Essai sur cinq jours pour conclure.
Découverte
Quand
on regarde la 600, rien ne la distingue de ses grandes soeurs. Et pour
cause, elle partage le même carénage que la GSX-R 750 et
la GSX-R 1000, millésimé 2001. Autant dire que son gabarit
lui donne tout l'air d'une grande : large, imposante, valorisante... Hormis
le sigle orange sur l'arrière indiquant la cylindrée, rien
ne laisse présager qu'il ne s'agit "que" d'une 600.
Le radiateur lui-même est immense et occupe toute la partie frontale...
Dans sa livrée unique bleu et blanc avec un simple R rouge mais avec des lignes tendues, elle affiche d'emblée ses revendications sportives.
En selle
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Le cadran, bien à l'abri derrière la bulle, valorise le compte-tours, avec une zone rouge à 15.000 tours, laissant présager un moteur tournant haut dans les tours. Pas de jauge à essence ici, mais un témoin orange de passage en réserve sur la gauche. Il n'y a pas - encore - les derniers gadgets de type shifter mais sinon tout y est : horloge, double totalisateur partiel, totalisateur, température... En faisant attention, vous distinguerez même l'amortisseur de direction.
Les rétroviseurs se règlent facilement et offrent une vision excellente : c'est suffisamment rare sur les sportives pour le signaler. Et insensibles aux vibrations, ils offrent toujours une vision parfaite.
Contact
Le
phare avant s'allume... Il n'est plus besoin de l'allumer; c'est automatique.
Et si par reflexe, vous poussez le curseur gauche, vous allumez les warnings
! pratique !
La moto s'ébroue dans un feulement grave : plaisir. La position sportive amène en léger appui sur les poignets, mais pas trop. On trouve tout de suite ses marques, et les genous enserrent parfaitement et confortablement le large réservoir. Première, douce... la moto s'élance sur un filet de gaz.
En fait pour peu que vous ayiez déjà conduit une sportive, la GSX-R se prend rapidement et facilement en main. En cela, elle reste une 600.
Et la boite de vitesse se fait totalement oublier.
En ville
Les
tours de roue en ville ne sont pas sont point fort, même si sa légéreté
et sa maniabilité, permettent de l'emmener partout. Mais s'il fait
chaud, et que vous êtes coincés dans les bouchons, vous verrez
votre température monter en même temps que celle du moteur
(affichage digital). Mais je m'attendais à pire de la part de cette
catégorie : certes, elle est plus exclusive qu'une Thundercat ou
une TT 600, mais reste raisonnable. Parfaitement stable dès les
premiers kilomètres/heures, elle se dirige du bout des doigts et
il n'est jamais besoin de la forcer.
Sur route
Elle
n'attend qu'un signal pour s'élancer. Et elle aime monter dans
les tours, à grands renforts de hurlements. Joueuse, sa légéreté
et un train avant précis, permettent de la balancer sans aucun
effort de droite à gauche et inversement sur les petites routes.
La mise sur l'angle se réalise de façon progressive et on
a presque l'impression que la moto aide le novice, tellement elle pardonne
les erreurs de trajectoires. A la remise des gaz, la GSX-R se révèle
douce, sans jamais donner d'a-coup. Au final, la facilité en est
tellement déconcertante que l'on pourrait d'ailleurs se croire
un pilote.
Ce
sera une impression seulement, car rageuse haut dans les tours, la GSX-R
demande malgré tout un bon controle et une bonne maitrise à
des vitesses bien au-dessus de ce qui est autorisé par la loi.
Elle vous emmène en effet facilement rouler à des vitesses
largement supérieures à votre niveau de conduite réel.
Et en toutes circonstances, elle d'une stabilité à toute
épreuve.
Au freinage, la GSX-R se révèle endurante avec un bon feeling. Les doubles freins à disque avant sont parfaitement proportionnés pour la puissance de la machine sans jamais être violents.
Autoroute
La
GSX-R 600 s'élance sur l'autoroute, comme pour un cent mètres,
à cette différence qu'elle accélère toujours
aussi fort, quelle que soit la vitesse atteinte. Hormis le risque évident
de devoir laisser son permis sur le bord de la route, sa bulle se révèle
protéger relativement peu le pilote pour envisager un long parcours.
Quant au passager, il est à l'agonie. La position haute sur la
selle arrière le positionne en surplomb et aux premières
loges face au vent, rapidement épuisant.
Décidément, il n'est pas bon de sortir sur autoroute avec ce type de machine, qui n'a rien d'une routière au long court.
Confort
La
position est agréable pour le pilote, qui se trouve lové
sur la moto. Malgré un réglage standard, la moto encaisse
particulièrement bien les défauts de la chaussée
et bien mieux que certains roadsters. Elle est donc presque confortable,
si ce n'est une position qui finit quand même par casser le dos
sur les longs trajets. On vient de parler du pilote... et on ne parlera
pas du passager.
Le strapontin en guise de selle, glissante, l'absence de poignée, la position surélevée transforment rapidement le trajet en véritable supplice : une moto exclusive réservée aux célibataires (ou futur divorcé). Ceci explique également la présence fréquente d'un capot de selle en lieu et place du strapontin arrière.
Pratique
J'ai
ouvert le capot de selle, en me disant que je trouverai un minuscule compartiment
réservé à la trousse à outils. En fait, j'ai
été capable d'y mettre un long et large U (type France Antivol
90) sans aucun problème. Il restait encore largement de la place
pour une combinaison de pluie, une bombe de graisse et des broutilles.
C'est sans conteste l'une des plus grand dessous de selle de motos, et
surtout dans la catégorie hyper-sport.
Les crochets sous la selle et relativement excentrés permettent d'accrocher une araignée.
En conduite mixte, elle passe en réserve aux environs de 220 km, soit du 6,8 litres de consommation. Elle pourra dépasser les 9 litres au cent en utilisation intensive au-delà des 8.000 tr/mn.
Conclusion
Pendant
toute la durée de l'essai, j'ai cru être sur un nuage de
plaisir et de sensations. La position de conduite fait coller à
la moto comme une étreinte vigoureuse et prolongée. Un seul
mot vient à l'esprit lors de chaque arrêt : "encore",
jusqu'à plus soif, tellement elle donne et redonne du plaisir à
tous les niveaux. Avec elle, on apprend à chaque tour de roue,
tellement elle guide le futur pilote dans sa progression et de façon
attentionnée, sans jamais surprendre, ni faire peur. Seule la voie
de la raison rappelle en regardant les chiffres du compteur (278 km/h
maxi, 258 km/h réel), et avec un soupir de soulagement, que l'on
est passé à travers les mailles du filet de la répression.
Et on se dit qu'il serait vraiment plus raisonnable de l'emmener flirter
avec le circuit. Cerise sur le gâteau, à moins de 9000 euros,
la GSX-R est la moins chère des supersports actuelles, ce qui la
place d'office en tête du rapport qualité/prix.
Seul le dos aura finalement rendu grace à ma place après ces quelques jours passés avec elle, me rappelant que malgré le plaisir cérébral et physique, la position de conduite en casserait plus d'un. Elle reste cependant une moto exclusive, peu apte à une utilisation quotidienne et bien sur réservée au motard avertis et en bonne condition physique.
Points forts
- fiabilité
- performances
- gabarit valorisant
Points faibles
- protection réduite
- passager sacrifié
Concurrentes :Ducati 749, Honda CBR 600, Kawasaki ZX6R 636, Triumph Daytona 600, Yamaha R6
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